Fréquence Juive Magazine

La célébration de la Mimouna constitue un des temps forts des festivités juives marocaines. C’est en quelque sorte l’apogée et le moment propice aux réjouissances dans la vie juive marocaine, cette communauté qui aime célébrer et chez qui on retrouve une grande joie de vivre. Qui n’a pas connu cette ambiance festive où les odeurs de moufleta et de beignets marocains étaient accompagnées de lait caillé Leben, le tout agrémenté d’ airs andalous chers à la mémoire des juifs du Maroc ? D’où vient cette appellation du mot Mimouna et cette tradition centenaire d’une des fêtes les plus évocatrices pour les juifs marocains, qu’ils viennent du Maroc, d’ Israël,du Canada, des Etats-Unis ou d’ailleurs.

MIMOUNA comme EMOUNA #confiance
On rapporte dans l’ouvrage du Rav Shimon Baroukh de Jérusalem que le terme Mimouna est issu du mot hébraïque EMOUNA - confiance en Dieu : les juifs marocains, en particulier, qui sont animés d’une grande Emouna, ont espéré, tout au long de Pessah que le Machiah - le Messie - se révèle durant la fête de Pessah ; la fête tirant à sa fin et le Messie n’étant pas venu, ils continuent cependant de croire à sa venue et ne désespèrent pas de le voir venir dans un proche avenir. Nos sages nous assurent que de la même façon que nos ancêtres furent délivrés du joug égyptien au mois de Nissan, la délivrance finale se déroulera elle aussi en Nissan, c'est-à-dire au mois d’avril.

MIMOUNA comme MAMONE #argent
Autre explication, le mot Mimouna viendrait du mot hébraïque MAMONE, c’est à dire « argent ».

On sait que c’est à la fin de Pessah que périrent noyées les armées du Pharaon avec tout leur or et tout leur argent, richesses que la Mer Rouge rejeta après que les Égyptiens aient péri. C’est alors que les Enfants d’Israël se seraient enrichis par ce butin inespéré venu s’échouer sur les rives de la Mer Rouge. Ils n’auraient pu récupérer le tout qu’après la fin de la fête, donc au moment qui correspond à la Mimouna. Ils reçurent ce Mamone.

MIMOUNA comme MIMOUN #chance
Autre explication: le mot Mimoun veut dire »chance» , un bon sort, une bonne heure en arabe... Et la tradition veut que ce moment soit propice pour réussir en affaires et pour trouver l‘âme soeur. Pessah ou Passover en anglais, c’est le printemps ; le début de l’année commerciale. C’est le moment de se souhaiter bonne chance, une bonne année : « trebhou outsaadou ». Après Pessah - qui en général a été coûteux pour tout un chacun- , on demande à Hachem de nous envoyer un bon sort, une bonne chance, en arabe un bon Mimoun. Les artisans et commerçants, les juifs dans le vieux Maroc attendaient avec impatience le printemps avant de se lancer dans la haute saison après Pessah. C’est alors qu’ils se souhaitaient un bon Mimoun, la Mimouna.

D’autres versions



La Mona
Les Pâques Chrétiennes tombaient souvent en même temps que Pessah et les Chrétiens en Espagne avaient un pain spécial pour cette occasion appelé : La Mona. Les juifs attendaient avec impatience la fin de Pessah pour manger de ce pain et se précipitaient chez le boulanger pour réclamer chacun sa « mona »…

« Mi Mona..Mi Mona.. MIMOUNA ! »

Les écrits hébraïques
Dans les écrits hébraïques on rapporte que l’origine de cette fête serait très ancienne : on retrouverait selon le Rav Baroukh, dans les écrits du Rav Nissim Gaon, qui vécut au Xème siècle dans la ville de Kairouan en Tunisie, la mention de la coutume de consommer des laitages à l’issue de la fête de Pessah : le lait représentant la nourriture et donc le signe d’une bonne subsistance pour les participants à cette fête. Dans les textes ultérieurs, il est ramené qu’on avait l’habitude dans les communautés d’Algérie de manger un couscous au beurre, au lait et aux fèves. On accrochait des épis de blé sur les lustres. Cette fête traditionnelle est aussi l’occasion pour beaucoup de rendre visite à leur famille et à leurs amis pour participer et déguster les douceurs préparées en l’honneur de la Mimouna. On ornait la table de toutes sortes de douceurs et fruits secs, miel, dattes amandes, etc. et on s’adressait des voeux de bonheur et de prospérité ainsi formulés «TERBHOU OUTSAADOU». Certains lisent les passages des Proverbes du Roi Salomon et donnent à leurs épouses et leurs enfants leur douce bénédiction en leur offrant une datte fourrée aux amandes. Certains se rendent chez le Rav de la ville (comme à Montréal), ou le Grand Rabbin David Sabbah reçoit les membres de la Communauté et les bénit en leur offrant une datte, symbole de douceur. Autre hypothèse avancée par les historiens : la Mimouna commémorerait la mort de Rabbenou Maimon, le père de Maïmonide qui aurait vécu six ans au Maroc.

Dans les communautés du Maroc
On avait pour coutume de préparer une spécialité à base de pâte appelée la Moufleta en l’honneur de la Mimouna. Tout dans le cérémonial de cette fête ramenait à ce souhait de bonheur, de bonne année : la table était magnifiquement dressée en cette nuitée de la Mimouna, avec ses mets uniquement sucrés ou doux.

De nos jours, les communautés juives séfarades marocaines, partout dans le monde, ont tendance à entretenir ces coutumes dont les origines sont très peu documentées, de même que la cérémonie de Henna, précédant le mariage.
Toutes ces célébrations à la fois d'origine mystique et religieuse, sont entretenues par les juifs marocains qui y trouvent un prétexte pour célébrer et conserver une joie de vivre et de festoyer, qu'ils soient aux Etats Unis ou au Canada, en Europe ou ailleurs dans le monde.




On y retrouvait le zaban, sorte de nougat, la mrozya, plats de raisins secs et amandes… on y mettait aussi un poisson entier symbole de l’abondance, des fèves, des pièces de monnaie sur une assiette de farine. On y retrouvait donc la Moufleta, sorte de crêpe, du beurre, du lait caillé, des épis de blé, des fleurs… Très souvent toutes ces denrées étaient offertes par des amis marocains musulmans, car les juifs vivaient en étroite symbiose avec leurs voisins musulmans au Maroc. On se souhaitait le fameux TERBHOU OUTSAADOU, soit fortune et bonheur. Il était de coutume durant cette soirée d’ouvrir largement sa maison et son coeur à tout venant, mais d’abord aux membres de sa famille et à ses amis proches. C’était un ballet ininterrompu de visites mutuelles et les Mellahs étaient en liesse pour cette nuit longue et pleine d’allégresse. Il y avait aussi une coutume, celle de tremper ses doigts dans les bols de lait pour marquer le passage de la mer Rouge. C’était également l’occasion de préparer des fiançailles et des mariages...et il était d’usage que le fiancé porte du miel, du beurre, du lait, des bijoux et des cadeaux à la jeune fille.

Une bénédiction
Dans son ouvrage « L’esprit du Mellah », Joseph Toledano poursuit en disant que la Mimouna était la seule fête durant laquelle le voisin musulman jouait un rôle indispensable. Non seulement, il offrait et approvisionnait les juifs en hamets mais il permettait aux juifs d’aller pique-niquer dans son champ le lendemain. Les juifs se retrouvaient le lendemain de la Mimouna près des sources d’eau et les Arabes y voyaient un signe de bénédiction pour leurs prochaines récoltes. Les familles juives se rendaient sur un bras de mer alors que dans les villes de l’intérieur le pique-nique se faisait près d’une source ou d’un lac.

Cette célébration de la Mimouna est devenue une fête nationale en Israël sous l’influence des juifs d’origine marocaine qui constituent près d’un million d’habitants. Il y a eu reconnaissance officielle des autorités israéliennes. Et la journée est fériée comme fête nationale.

Une table mystique
Autre explication avancée par Igal Bin Nun, à savoir qu'il s'agit d'une table symbolique dressée pour apaiser une déesse démone telle Aicha Qandicha qui risque de nous jeter un mauvais sort si on n'en tient pas compte. Cette coutume, apparemment de dresser une table pour apaiser un démon ou un mauvais génie, n'est pas exclusive aux juifs du Maroc. Les références écrites au démon Mimoun, conjoint de la démone Mimouna, dateraient, selon Ygal Bin Nun, du XVème siècle. Samuel Romanelli, juif italien qui a parcouru le Maroc à la fin de XVIIIème siècle en fait état : il compare la table de la Mimouna aux coutumes des temps bibliques où l'on dressait une table au D.ieu de la chance. Rabbi Haim David Azoulay le Hida note que le Isrou Hag, le dernier jour de Pessah, a, de tout temps, été considéré comme un jour néfaste un jour où le mauvais oeil était susceptible de causer des dégâts. D'où la nécessité d'apaiser ce jour-là les démons de la malchance Mimoun et Mimouna. On retrouve par ailleurs dit Igal Bin Nun, le personnage de Mimouna dans la confrérie des GNAWA, secte mystique au Maroc dont la musique a inspiré des compositeurs modernes. Il cite des vedettes du Pop et du Jazz. Il poursuit en disant que la coutume de la Mimouna consistait à conjurer le mauvais sort.

Pour ce faire, les juifs du Maroc avaient coutume de se retrouver près de sources d'eau et se livraient à un rituel appelé Bou Herres - retire toi esprit de malheur. Ils se trempaient les pieds dans l’eau, tournaient le dos à la rive, et sortaient des cailloux de leurs poches et les jetaient par-dessus leur dos. On retrouve, d’ailleurs, une pratique quelque peu semblable à Roch Hachana lors du rituel de Tachlickh, où l'on secoue les pans de ses vêtements pour se débarrasser de ses péchés.

Article écrit par Charles Lugassy
Journaliste de Montréal

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